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Nous
vivons au jour le jour dans un pays dit «démocratique».
Mais savons-nous encore ce qu'est la démocratie?
Pour
me rafraîchir la mémoire j'ai eu besoin de lire
quelques lignes sur ce sujet.
Voici quelques textes intéressants
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La démocratie
à venir
Selon Jean Zin,
-Le processus démocratique historique
Malgré la religion officielle, la démocratie comme
"gouvernement du peuple par le peuple" n'a jamais
existé. Il faut en effet admettre avec J.S. Mill que
le peuple qui exerce le pouvoir n'est pas toujours identique
au peuple sur lequel il est exercé. Il y a tout au long
de l'histoire de véritables démocrates mais la
démocratie se réduit la plupart du temps au droit
de vote plus ou moins étendu. Ce qui n'est pas rien mais
ne peut être confondu avec le véritable exercice
du pouvoir. La notion de peuple est d'ailleurs loin d'être
évidente, l'ethnos pour les Grecs ne désigne qu'un
regroupement de populations partageant les mêmes coutumes
et la question politique, dès les premières cités
(de Babylone aux Athéniens), est plutôt celle du
cosmopolitisme. Enfin tout peuple est divisé socialement
et, derrière les conventions démocratiques, il
faut reconnaître la fonction du pouvoir de reproduction
de la domination et de la division de la société
(C. Lefort). L'État sert toujours les puissants. Si le
peuple n'est pas le fondement de la démocratie, il pourrait
en être par contre la finalité puisque, d'après
Aristote, le but de la politique est la philia, l'amitié
entre les citoyens.
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- Débat public et Lois
Sans parler d'un véritable pouvoir du peuple, dès
l'origine, la démocratie athénienne a été
en tout cas le règne de la discussion publique. C'est
bien la démocratie qui a favorisé l'émergence
du dialogue philosophique et de l'universel. Pour Socrate il
n'y a pas de philosophe en-dehors de la cité. Ce règne
de l'opinion publique favorise pourtant les sophistes plutôt
que les philosophes et peut condamner Socrate à mort,
au désespoir de Platon qui voit dans ce pouvoir de la
parole publique démagogie et "théâtrocratie".
La démocratie directe est non seulement impossible (dominée
au mieux par Périclès) mais dangereuse si elle
ne s'appuie pas sur des Lois, car il faut une continuité
des règles sociales et, derrière les joutes verbales,
ce sont des forces réelles qui se combattent. La rhétorique
des sophistes met déjà au service de l'argent
toutes les ressources de la "communication". Il n'y
a pas de "liberté naturelle" sans institutions,
c'est une construction sociale. De l'autre côté,
la loi républicaine ne peut remplacer le débat
public. Le fondement du Droit et de la politique est d'ailleurs
la procédure contradictoire (procureur et avocat). Le
chemin de la démocratie est étroit entre démagogie
et bureaucratie, comme toute vertu est un difficile équilibre
tel le courage entre peur et témérité.
La démocratie directe a une place irremplaçable
notamment dans le mouvement social et la démocratie locale
en tant que "démocratie face à face"
comme dit Bookchin mais on ne peut se passer d'un cadre juridique
et symbolique plus global, il faut préférer le
terme de démocratie participative instituant une dialectique
vivante entre les lois et les citoyens.
- Individu
juridique et Droits universels
Paradoxalement, nos démocraties s'enracinent moins dans
cette démocratie athénienne à la citoyenneté
limitée que dans l'empire romain qui nous a légué
le Droit romain à travers le catholicisme qui est bien
la religion de l'Empire et de l'universalité (catholicon).
Du Protestantisme, instituant un rapport direct de l'individu
à Dieu, aux droits de l'homme de 1789 puis au Code Napoléon
qui les formalise, on retrouve la complicité de l'individualisme
et de l'Empire universel pour lequel il n'y a pas de corps intermédiaires
dans un rapport direct de chaque sujet à l'empereur.
Ce qui importe à l'Empire c'est d'unifier les peuples
qui le composent, ce à quoi les idéaux du christianisme
ont largement contribué. Nous en avons hérité
le juridisme (P. Legendre) qui va se révéler l'instrument
du libéralisme plutôt que d'un quelconque pouvoir
du peuple là encore.
- Volonté
générale et marchés
La démocratie témoigne pourtant bien de la dimension
collective de la vérité (universel ou norme) mais
lorsque la démocratie a voulu rejoindre son concept de
volonté générale, elle est tombée
dans la Terreur avant de se réaliser par l'Empire. C'est
le paradoxe sur lequel s'est construit la dialectique de Hegel.
L'affirmation absolue de la liberté se retourne en négation
de toute liberté. La liberté collective consistant
dans une volonté générale indivisible que
les députés doivent représenter (et non
les intérêts de leur départements), toute
déviation, tout particularisme devient suspect, d'être
celle d'une faction, d'un ennemi du peuple. En interdisant les
corporations, la Révolution reprend cette même
logique qui est aussi celle de la main invisible du marché
ne tolérant aucune entente considérée comme
une "conspiration contre le bien public", la République
ne se divise pas ! Et tombe dans l'Empire qui rétablira
la liberté civile grâce à son Code par lequel
le Droit romain s'impose à l'Europe. Mais après
la dictature de la majorité, après l'usurpation
napoléonienne, la démocratie sera la proie de
la dictature des intérêts privés.
- L'individualisme
et l'échec de la démocratie représentative
Ainsi, l'intérêt général se dissout
ensuite dans les intérêts privés comme l'État
fiscal dans l'économie. Liberté d'exploitation,
Justice commerciale et Prospérité économique
sont les véritables principes de la démocratie
bourgeoise (1848). L'État est mis au service des intérêts
de la classe dominante (Guizot : Enrichissez-vous !) jusqu'à
la privatisation de l'État qui jouera constamment son
rôle de "socialiser les pertes et privatiser les
profits". Le "suffrage universel" (sans les femmes)
accordé à une population encore largement féodale
aboutira finalement aux plébiscites de Napoléon
III qui enterrent pour longtemps toute prétention à
une démocratie "représentative".
- La démocratie
de masse et l'homme nouveau du biopouvoir
De cet échec de la représentation, est né
le projet d'une démocratie pédagogue et de l'Éducation
Nationale, celle des instituteurs de la République qui
étaient indispensables à l'industrialisation et
au développement de la technique. L'éducation
par l'État menace cependant la liberté du citoyen
qu'il veut former, de l'hygiénisme au fascisme, pour
en faire un homme nouveau. Le Citoyen n'est plus ici le fondement
de la souveraineté mais l'objet des manipulations du
biopouvoir (médecine, école, asile, prison) jusqu'à
l'amélioration de la race (eugénisme). Il n'est
plus qu'un administré, sous la domination d'un scientisme
sans âme. La république éducatrice tombe
ainsi dans la démocratie de masse, la propagande et les
mouvements de foule. Les horreurs du colonialisme "progressiste"
inaugurent les massacres de masse du XXème siècle.
- La démocratie
de marché
L'augmentation du niveau de formation de la population ainsi
que les nouvelles possibilités techniques semblent permettre
désormais une véritable démocratie. Pourtant,
ce qui va s'imposer, avec ce monde médiatique de la pensée
unique, c'est la conception de la démocratie dans l'Empire
américain, celle d'une "démocratie de prospérité"
comme on l'a appelée, une démocratie de marché,
de consentement plutôt que de représentation ou
d'expression. Le vote n'est ici qu'une épreuve conventionnelle
pour départager les offres politiques comme dans un marché.
On retrouve sans doute l'argumentation publique, incarnée
par la liberté de la presse, mais fortement parasitée
par la "communication", l'argent et la propagande.
Cette démocratie de marché, se présentant
comme la fin de l'histoire avec le couple capitalisme+droits
de l'homme a tendance à substituer le sondage au vote
et les mobilisations sportives aux mobilisations démocratiques,
abandonnant toute représentation de l'intérêt
général, chacun étant responsable de son
propre destin. La démocratie du consentement remplace
la violence du pouvoir par le contrôle, la séduction,
le spectacle, la publicité, la consommation et tout l'attirail
du bio-pouvoir. Il y a pourtant bien dans cette démocratie
américaine tous les éléments d'une "démocratie
des minorités" mais détournés par
l'oligarchie financière et sa politique impériale.
- La loi de
la concurrence
Seuls restent deux réseaux crédibles en concurrence
(on appelle cela en marketing la "loi des deux"!)
: les Républicains et les Démocrates (RPR et PS),
entre lesquels les électeurs ont le droit de choisir
selon les performances mais surtout selon les moyens financiers
des candidats : il y a effectivement une très large majorité
de millionnaires au Congrès. En fait de démocratie,
il s'agit bien d'une oligarchie sous contrôle citoyen
comme le veut la théorie aristotélicienne dès
lors que le principe de l'État est la richesse. D'ailleurs,
on parle de plus en plus de "démocratie des actionnaires"
dans les entreprises, autant dire d'une démocratie censitaire.
Mais cette domination du profit n'est pas durable et la colère
du ciel vient rappeler brutalement notre solidarité planétaire
et nos limites écologiques, notre existence comme société
et comme vivants qui ne se réduit pas à l'intérêt
immédiat.
De la démocratie
en réseau à la démocratie participative
On ne peut se fier au sens des mots et il est nécessaire
de suivre ce parcours historique pour dépasser le discours
idéologique officiel sur la démocratie, son évidence
non discutée, sa "perfection fragile", alors
qu'il ne s'agit au mieux que d'une société pacifiée,
dépolitisée mais soumise au marché. On
ne peut se fier à la simple transparence alors que dans
la Société du Spectacle, de la visibilité,
de l'information, le véritable pouvoir reste inévitablement
secret. C'est le règne des réseaux occultes, des
coups orchestrés, des plans médiatiques, de l'organisation
de l'apparence. Le mensonge publicitaire devenu vertu républicaine,
il suffit d'avoir les sondages pour soi. Le président
américain n'est plus qu'un simple communicateur, un porte-parole
de la structure militaro-financière. Il ne s'agit pas
d'exprimer la volonté des citoyens mais de leur faire
approuver les décisions de leur gouvernement, avons-nous
dit.
La démocratie par projet
Cette démocratie de réseaux en concurrence sur
le marché politique n'est pas nouvelle mais elle se généralise
en rencontrant les nouvelles techniques de communication et
les nouveaux modes de production en réseau de la "nouvelle
économie". Ceux-ci favorisent des modes d'action
politique "par projet", en "réseaux citoyens"
dont le modèle est ATTAC. On retrouve d'une certaine
façon la logique syndicale ou corporatiste mais avec
de grandes différences en ce que ces réseaux restent
ponctuels, sans délégation, et surtout directement
politiques, au service de l'intérêt général
et non pour défendre des intérêts professionnels.
Contrairement à la démocratie de masse qui nous
homogénéise dans la concurrence de tous contre
tous, la démocratie en réseaux valorise la connexion
et donc la différence, la nouveauté, la singularité,
la complémentarité, la diversification structurante
d'un tout ordonné et solidaire plutôt qu'une pure
égalité où chacun est interchangeable.
Le contrat
et la loi
Cependant, cette ouverture positive ne doit pas cacher les conséquences
de la logique du groupe de pression. Les réseaux ne sont
pas plus démocratiques que le marché, ils ne suppriment
pas les lieux de pouvoir et ont besoin d'être organisés
pour laisser à chacun sa place. C'est même tout-à-fait
naturellement que des traditions féodales sont revivifiées
dans le contexte général de re-féodalisation
que dénonce Alain Supiot avec la récente tendance
à remplacer la loi par la contractualisation. Il faut
voir dans ces réseaux clientélistes (l'enracinement
des élus) comme dans le regain des mafias, un refus du
marché et une protection contre le libéralisme,
mais on voit bien ce qu'on y perd en universalité, la
reconstitution des privilèges et le renoncement à
la démocratie elle-même. L'espace public ne se
réduit pas aux contrats mais s'ouvre à l'universel.
La perte du
sens commun
Dans le contexte actuel, les actions de lobying, les mobilisations
de réseaux participent plutôt à la déligitimation
et à l'affaiblissement des États. Ce coup de grâce
ne fait que renforcer le pouvoir des multinationales et légitimer
leurs pressions qui restent la principale menace même
si l'AMI a été repoussé. En l'absence de
cadre symbolique, on revient aux conceptions du Droit défendues
par le nazi Carl Schmitt, comme pur rapport de force, opposition
simpliste entre amis et ennemis, la politique consistant dans
l'arbitrage entre luttes des opinions et luttes des intérêts,
domination d'une "majorité" sur le même
mode que la "loi du marché" imposant sa norme
à tous. La démocratie et la loi se réduisent
ici à la "transparence" des procédures
juridiques, nécessaire à la confiance des marchés.
Pourtant, à trop mépriser la dimension universelle,
il ne reste plus de fondement à notre communauté
d'individus atomisés.
La démocratie
participative
Pour construire une véritable démocratie participative
nous devons tenir compte de ces aspects contradictoires. Prendre
la mesure de notre prétendue démocratie, médiatique
plus que représentative, justifie bien l'activisme politique,
les revendications minoritaires comme contribution indispensable
au débat publique. C'est au moins une action "publicitaire",
d'argumentation publique (ONG). La démocratie en réseaux
n'est pas du tout l'expression directe d'une majorité
mythique, c'est un mode de décision par les plus concernés,
les plus actifs. Le Citoyen ici, c'est celui qui agit, pas seulement
celui qui vote. On s'approche ainsi de la définition
du Citoyen par Kojève comme synthèse du maître
et du travailleur, citoyen révolutionnaire transformant
le monde par son action. Nous devons faire exister notre communauté
dans son dépassement, vers ce qui lui manque pour être
plus humaine. La démocratie participative est cette négativité
en acte. Comme les Grecs ou les romains le savaient bien, on
n'existe jamais autant que dans la participation à la
vie politique, la lutte et la résistance à un
monde qui se fait sans nous ; en tenant notre place dans l'histoire
simplement ou bien, dit autrement, pour comprendre le monde
il faut le transformer.
Le suffrage
universel
L'action est pourtant toujours très minoritaire, il faut
en avoir conscience. C'est donner raison aux minorités
actives contre la majorité silencieuse. Réserver
la qualité de Citoyen aux participants actifs à
la vie politique serait pourtant bien élitiste, renforçant
l'exclusion des plus faibles et négligeant la dimension
universelle du langage et de la loi, d'un discours commun et
de règles communes. Il ne faut pas tomber dans le réductionnisme
d'une société réduite à une addition
de minorités ou de communautés, même fédérées.
Le mouvement social est indispensable mais ne saurait suffire,
il faut aussi donner toute sa place au symbolique, aux droits
universels et au point de vue global de l'écologie, de
la politique tout simplement unifiant les citoyens au-delà
de l'intérêt particulier (penser globalement, agir
localement). On ne peut séparer les dimensions du local
et du global, comme on ne peut séparer le politique de
l'économique. Il faut protéger aussi ceux qui
ne s'expriment pas, tous les laissés pour compte. Le
droit des minorités actives ne doit pas restreindre les
droits des minorités passives et la démocratie
participative ne peut se dispenser du suffrage universel ni
de l'héritage juridique pour y inscrire des institutions
durables même si elle ne s'y réduit pas. C'est
au nom de notre communauté globale et de notre sens de
la justice que chacun est valorisé dans sa différence.
La condition d'une démocratie participative est l'existence
d'une solidarité sociale effective ainsi que de lois
sociales autant que l'action de chacun pour les améliorer.
Nous devons insister sur la nécessaire dialectique des
institutions et de l'action citoyenne. Ainsi, il faut certes
se méfier d'un référendum d'initiative
populaire pouvant imposer la domination d'une majorité
et des votes contradictoires mais il faut malgré tout
développer les possibilités d'expression y compris
par référendum.
Consensus
et minorités
Quitter la prétention à la représentation,
c'est bien dépasser les prétentions de l'identité
comme de la "compétition pour l'hégémonie",
et le cortège des dominations, des racismes, des exclus.
Dès lors ce qui compte, ce n'est pas la majorité
mais le consensus, le projet commun (c'est pourquoi les majorités
sont de 60% chez les Verts) et la circulation du pouvoir (contre
la professionnalisation). Dans ce contexte, il ne faut pas se
tromper sur le sens de la proportionnelle qui rejoint les droits
de l'opposition. Il ne s'agit pas d'obtenir ainsi une représentation
exacte mais une expression d'un plus grand nombre d'acteurs
et de points de vue pour organiser le consensus d'une société
solidaire. Le consensus lui-même comporte des dangers
d'immobilisme, ce qui amène à valoriser à
nouveau les minorités actives, l'expression de l'opposition,
du dissensus. Le consensus n'est pas l'homogénéité
mais bien plutôt une diversité assumée,
valorisée socialement. Il faut passer des revendications
majoritaires imposant une norme, aux revendications minoritaires
à l'exception (qui peuvent concerner une majorité
comme le féminisme), que ce soit les luttes écologiques
locales, les luttes des gays, des toxicomanes ou la revendication
d'un "revenu garanti pour tous". Dans ce contexte
le vote majoritaire perd sa fonction et l'AG des chômeurs
de Jussieu par exemple ne votait presque jamais. Chacun pouvait
soutenir ou non une action, après discussion mais sans
décision de l'assemblée.
La démocratie
économique : réaliser le droit
Au-delà de cet aspect contradictoire, le plus important
restent les conditions économiques de la démocratie.
Il n'y a pas de démocratie politique sans une certaine
démocratie économique, il n'y a pas de solidarité
sociale sans une réelle solidarité économique.
La société est un élément essentiel
de l'économie (Agarwal) comme l'économie est un
élément déterminant de la société.
On ne peut séparer droits politiques et droits sociaux,
notamment on ne peut démocratiser les entreprises sans
renforcer les protections sociales. Sinon on ne peut avoir plus
qu'une démocratie de guerre (économique), c'est-à-dire
une dictature encore, simplement consentie. Il faut offrir un
cadre économique plus démocratique, comme les
coopératives municipales de Bookchin, permettant d'échapper
à la pression concurrentielle plutôt que de compter
sur l'autogestion ou la propriété salariale des
entreprises capitalistes. Il faut donner d'abord les moyens
à tous de participer à la vie politique et nous
devons penser cette démocratie participative comme un
peu plus égalitaire et protectrice (revenu garanti) mais
surtout comme la reconnaissance des compétences de chacun,
le droit d'intervention, le droit à l'opposition, à
la résistance, à la formation, à l'assistance.
Il faut prendre la mesure du changement entre une démocratie
de la volonté générale centralisatrice
et cette démocratie participative valorisant la diversité
et les minorités, l'expression de chacun et l'innovation.
Après le temps de la liberté et celui de l'égalité,
voici donc peut-être le temps d'une véritable fraternité,
temps de la rencontre et du savoir, de la connexion valorisant
chacun dans sa différence.
Rien n'est
jamais acquis, tout est toujours possible
Il n'y a pas de démocratie achevée, pourtant.
Réfutant les rêves d'utopie politique, d'un meilleur
des mondes sans plus aucun conflit, nous devons affirmer au
contraire que la subversion et l'opposition seront toujours
aussi nécessaires dans cette communauté paradoxale,
c'est la base d'une démocratie participative. Les droits
des minorités et de l'opposition, la parité, le
mandat unique révocable peuvent être la base d'une
constitution plus démocratique obtenant une approbation
majoritaire mais la liberté s'usera toujours si on ne
s'en sert pas: tout dépend de nous inévitablement,
la part du risque et du sujet vivant, de sa résistance
aux injustices (les nouveaux droits syndicaux des lois Auroux
n'ont ainsi fait que renforcer la désyndicalisation en
fonctionnarisant les syndicats). La démocratie dépend
du mouvement social plus que le mouvement social ne dépend
des structures démocratiques, c'est un processus historique
qui est encore en marche.
La démocratie
à venir
Il y a des périodes plus actives que d'autres et nous
quittons le long sommeil des luttes sociales pendant une dépression
maintenant dépassée. Comme les hommes politiques
tiraient leur légitimité de la Résistance
ou de l'affaire Dreyfus, nous avons besoin toutefois d'une nouvelle
fondation, sinon la démocratie formelle continuera à
se vider petit à petit. Il ne suffira pas d'encourager
la participation des Citoyens, il ne suffira pas de protéger
nos diversités, d'élargir l'autogestion et d'encourager
le dialogue social, il faut d'abord redonner sens à notre
destin commun, non plus compris comme volonté du peuple
ni représentation de la nation mais être-ensemble,
convivialité écologique. Cette refondation de
la démocratie comme vivre ensemble, peut prendre la forme
d'un changement de génération, imminent avec le
Papy Boom. Tout est encore possible. L'homo economicus de la
marchandisation du monde n'est pas durable. L'avenir de la démocratie
est à nous !
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En quoi la
démocratie est-elle toujours à conquérir?
I.
Par la liberté naturelle, l'indépendance.
L'Etat de
droit, le règne de la loi pour tous et par tous exige
que chacun renonce à sa liberté naturelle (de
faire n'importe quoi s'il le peut) et reçoive en échange
une liberté civile garantie par la loi, limitée
(interdiction de la violence) mais réelle. Ce contrat
qui semble juste puisque chacun reçoit plus que ce qu'il
a donné est en fait très difficile à réaliser
effectivement parce que:
Cet échange
est fictif car le renoncement à l'indépendance
n'est pas l'échange d'un objet: alors que si je donne
un billet de 100frs, je le perds, il va circuler, c'est définitif,
si je donne ma liberté naturelle je ne me sépare
pas de la possibilité de l'exercer, je peux toujours
y revenir en cédant à l'impulsion, en utilisant
la violence: c'est que l'indépendance n'est pas un objet
qui s'échange mais un acte. Chacun peut alors profiter
de la loi pour "recycler" l'argent volé, croyant
ainsi gagner sur les deux tableaux.
L' État
de droit pose comme fin, promet, le bien de tous, le fruit d'un
effort commun: or un fruit est toujours futur: d'une part chacun
a du mal à préférer un futur qui n'est
pas là à un présent qui est là,
d'autre part chacun a du mal à reconnaître dans
le bien de tous promis son propre bien: alors que le bien particulier
(le profit) est observable, le bien général est
une hypothèse, un calcul de la raison, souvent ou toujours
aléatoire.
L' État
de droit, fondement de la démocratie, est donc constamment
menacé par la générosité restreinte.
Il est donc toujours à conquérir; il faut donner
de la force au "lointain", trouver un équilibre
entre le bien particulier et le bien général,
définir (nos politiques disent "expliquer")
avec précision les fins et les objectifs.
II. Par son
caractère de concept ou d'idée:
L'État
de droit est un être de raison: la double universalité
de la loi est en effet un produit de la raison qui unifie; Mais
un être de raison n'a pas d'organes (il ne parle pas,
il n'écoute pas...) il lui faut donc des ministres, un
gouvernement: un pouvoir d'exécution appartient au ministre;
Mais l'exercice du pouvoir est une perpétuelle tentation:
le serviteur de la loi, le serviteur de tous peut à tout
instant se transformer en tyran, qui servira ses amis et non
le bien de tous.
D'où
la nécessité de séparer les pouvoirs du
législatif et du judiciaire, avec la difficulté
de faire que celui qui contrôle soit contrôlé
par celui qui est contrôlé: ex: les juges contrôlent
l'administration de l'Etat, les élus du peuple n'ont-ils
pas le droit de contrôler les juges? C'est un cercle,
une menace pour toute démocratie qui ne trouverait pas
une solution à ce problème.
L'exercice
du pouvoir rend-il fou?
III. Par son
fondement: morale et politique.
L'Etat de
droit repose sur l'obéissance à la loi qu'on s'est
prescrite, "la priorité donnée à l'universel"
(Montesquieu) mais le travail repose sur l'intérêt,
la concurrence, l'appétit: il y a donc contradiction
au coeur de la société entre la raison de l'état
et la guerre de la société: d'un côté
chacun pour tous, de l'autre chacun pour soi; Cette contradiction
menace sans cesse la démocratie car elle engendre la
violence et chez certains le désespoir, la volonté
de faire la loi dans la rue et non dans les assemblées:
ce qui serait la fin de la démocratie.
Pour une conclusion:
La démocratie est sans cesse à conquérir
car son concept est contredit par la réalité d'une
société où chacun est encouragé
à satisfaire ses appétits et à faire prévaloir
son entreprise sur celle des autres.
La démocratie est donc fragile, sans cesse menacée
par des groupes de pression qui voudraient utiliser la loi (pour
eux et par eux).
La démocratie ne peut être réalisée
que par une volonté politique, expression de la volonté
générale: le laisser aller ne peut que la faire
disparaître.
L'enjeu du sujet est immense: le maintien de la liberté
dont, selon Rousseau, le sort suit celui des lois.
"Il faut que le peuple combatte pour sa
loi" Héraclite.
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La tolérance...
ou,
la tolérance
fait-elle le lit de l'intolérance?
Qu'est-ce
que la tolérance?
Ce n'est pas
un concept articulé plus ou moins bien à un donné
observable car la tolérance est aussi une action délibérée
et voulue, ce que l'homme ajoute à la nature du spontané.
C'est une idée par rapport à laquelle un jugement
pourra être porté sur des comportements (intolérance,
fanatisme comme refus d'entrer dans les raisons d'autrui, refus
du doute et du respect de la liberté).
Il semble nécessaire d'admettre toutes les manières
de penser et d'agir différentes des nôtres sans
pour cela aller jusqu'à les approuver.
Parce qu'elle
a une valeur qui dévalorise le donné, l'idée
est en elle-même mouvement, force qui cherche à
passer à l'être (se réaliser) en utilisant
les forces physiques des individus. Autant dire que:
-l'idée n'est rien sans le désir ou la passion,
lorsqu'un désir a envahi la conscience au point qu'elle
n'est plus qu'une structure fixée:
L'idée de tolérance ne saurait donc être
séparée de ce que serait son passage à
l'être puisqu'elle est effort pour passer à l'être,
pour régner, pour transformer dans le meilleur des cas,
ou dans le pire, pour détruire, exterminer: si on meurt
pour des idées ce n'est pas sans conséquences
Peut-on tout
tolérer?
La formulation
de la question montre que la tolérance n'est pas une
simple représentation ("une peinture") et qu'il
est impossible de distinguer l'idée de sa puissance d'expansion:
autrement dit: la tolérance peut-elle passer dans la
réalité sans contradiction qui la ruinerait ("peut-on");
Et le "tout" marque bien que l'idée par elle-même
tend à devenir reine, à s'affirmer pleinement,
dans et par tous ceux qui se "prennent" à la
désirer (=aliénation).
Il faut et il suffit de suivre l'expansion de l'idée
de tolérance pour pouvoir par le calcul produire la simulation
formelle d'un parcours qui permettra de décider si la
tolérance doit être limitée.
-Tolérer tout = tolérer les idées et leur
manifestation dans l'action de transformation du donné
= mettre toutes les idées sur le même plan = ne
pas les distinguer par leur essence ou par leur conséquence
= accepter l'intolérance, aussi = accepter l'intolérance
c'est accepter la disparition de la tolérance => l'idée
de tolérance totale est impossible car son expansion
amène sa destruction.
Comment procéder?
Est-il possible de distinguer...
-L'idée
qui n'aurait pas la force de régner par elle-même?
-L'idée reine qui se réalise et aliène
les individus qui suivent l'opinion.
Cela reviendrait à distinguer le domaine privé
et le domaine public: alors que le domaine privé relèverait
de l'autonomie, de la législation du moi, le domaine
public relèverait de la loi qui, interdisant la violence,
ne pourrait tout tolérer sous peine de disparaître.
Difficultés: Comment séparer les deux domaines
qui dans la réalité sont en interaction? Comment
déterminer le domaine privé?
Par exemple,
jusqu'à quel point une idée peut-elle être
exercée sur des enfants?
Conclusion:
même si la liberté et le respect nous engagent
à tout tolérer, il y a incontestablement de l'intolérable:
quand la maïeutique échoue, il reste la contrainte
de la loi.
La
tolérance est une idée qui ne peut s'appliquer
qu'à ceux qui la respectent.
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La démocratie
en dialogue
Qu’est-ce
pour vous la démocratie ?
La démocratie
n’est ni la forme du gouvernement représentatif
ni le type de société fondé sur le libre
marché capitaliste. Il faut rendre à ce mot sa
puissance de scandale. Il a d’abord été
une insulte : la démocratie, pour ceux qui ne la supportent
pas, est le gouvernement de la canaille, de la multitude, de
ceux qui n’ont pas de titres à gouverner. Pour
eux, la nature veut que le gouvernement revienne à ceux
qui ont des titres à gouverner : détenteurs de
la richesse, garants du rapport à la divinité,
grandes familles, savants et experts. Mais pour qu’il
y ait communauté politique, il faut que ces supériorités
concurrentes soient ramenées à un niveau d’égalité
première entre les "compétents" et les
"incompétents". En ce sens, la démocratie
n’est pas une forme particulière de gouvernement,
mais le fondement de la politique elle-même, qui renvoie
toute domination à son illégitimité première.
Et son exercice déborde nécessairement les formes
institutionnelles de la représentation du peuple.
Y a-t-il
une haine de la démocratie en France ?
Un discours
de plus en plus virulent d’une partie de la classe intellectuelle,
dont Alain Finkielkraut offre le condensé, accuse la
démocratie de tous les maux. Depuis l’effondrement
de l’alternative soviétique, ils se sont mis à
opposer la démocratie, vue comme le règne des
désirs individuels effrénés, à la
république, pensée comme le sens de la vie collective.
La démocratie, pour eux, c’est le règne
de la consommation et de la déliaison sociale. Ils transforment
en apocalypse la vision platonicienne de la démocratie
comme monde à l’envers. Jean-Claude Milner l’a
même rendue responsable de l’extermination des juifs.
Mais aussi l’adaptation des Etats à un ordre économique
mondial implique la constitution de nouvelles castes réunissant
gouvernants, hommes d’affaires, financiers, experts. Cette
oligarchie tend à considérer les expressions du
peuple, y compris dans les formes institutionnelles du vote
populaire, comme dangereuses. On voit se séparer deux
types de légitimité : l’une, savante, des
gouvernants et des experts, l’autre, populaire, de plus
en plus contestée et stigmatisée comme "populiste"
quand elle va à l’en-contre de la logique dominante,
comme lors du référendum sur la Constitution européenne.
Vous parlez
d’Etat de droit oligarchique, n’était-ce
pas déjà le cas de la démocratie athénienne
?
La démocratie
athénienne sélectionnait les membres de la communauté,
en excluant les femmes, les esclaves, les étrangers.
Dans ce cadre, c’est le tirage au sort qui décidait
des responsables et non la représentation qui, dans son
origine est un principe oligarchique : la représentation
des groupes et intérêts dominants. Chez nous, le
schéma est inversé : tout le monde est supposé
membre de la communauté, mais le nombre de ceux qui décident
est limité. Le fonctionnement du pouvoir fait que les
élites dominantes s’autorecrutent et que les décisions
échappent à la discussion de la majorité.
Vous placez
l’égalité au fondement de la démocratie,
pourquoi ?
L’égalité
n’est pas un but à atteindre, au sens d’un
statut économique ou d’un mode de vie semblable
pour tous. Elle est une présupposition de la politique.
La démocratie est le pouvoir de n’importe qui,
la contingence de toute domination. Ce n’est pas l’idée
que le pouvoir doit travailler pour le bien du plus grand nombre
mais celle que le plus grand nombre a vocation à s’occuper
des affaires communes. L’égalité fondamentale
concerne d’abord la capacité de n’importe
qui à discuter des affaires de la communauté et
à les mettre en oeuvre.
Que vous
inspire la révolte des banlieues ?
C’est
un autre effet du mépris dans lequel est tenue la capacité
du plus grand nombre. Il ne s’agit pas d’intégrer
des gens qui, pour la plupart, sont Français mais de
faire qu’ils soient traités en égaux. Le
problème n’est pas de savoir si des gens sont mal
traités ou mal dans leur peau. Il est de savoir s’ils
sont comptés comme sujets politiques, doués d’une
parole commune. Et le sens de la révolte est aussi lié
à leur propre capacité à se considérer
comme tels. Apparemment ce mouvement de révolte n’a
pas trouvé une forme politique, telle que je l’entends,
de constitution d’une scène d’interlocution
reconnaissant l’ennemi comme faisant partie de la même
communauté que vous. La réaction à une
situation d’inégalité est une chose. L’égalité,
elle, se manifeste politiquement quand les exclus se déclarent
comme inclus dans leur manière même de dénoncer
l’exclusion. Pour sortir d’un schéma médical
de traitement expert des symptômes, il faut que se dégage
une forme de subjectivation, traversant toutes les médiations
culturelles, sociales, religieuses pour devenir la parole d’un
"nous" qui construise une scène matérielle
où la parole se fait acte.
Disciple
d’Althusser, vous avez été marxiste, comment
en êtes-vous revenu ?
Il ne s’agit
pas de revenir mais d’avancer. Mai 68 a mis en déroute
le schéma intellectuel althussérién qui
voulait apporter la science aux masses. A partir de là,
j’ai étudié l’histoire de l’émancipation
ouvrière et j’ai compris que ce n’avait jamais
été une affaire de prise de conscience d’une
exploitation ignorée. A la racine de l’action émancipatrice,
il y avait la volonté de mettre en oeuvre une égalité
immédiate. Ils voulaient se constituer, dès maintenant,
un corps, une manière de vivre, de penser, de parler
qui ne soit pas celle assignée à l’ouvrier
en fonction de sa naissance et de sa destination A partir de
là j’ai dégagé l’idée
d’une dimension esthétique de la politique qui
est une structuration des données sensibles elles-mêmes
avant d’être une affaire de pouvoir et de lois :
le partage du sensible. La politique institue un autre temps
et d’autres vitesses, donne de la visibilité à
des choses qui n’en avaient pas et ouvre une scène
commune où des gens que l’on considérait
jusqu’alors comme bons seulement à travailler se
montrent capables de parler et d’agir ensemble. La notion
même d’esthétique implique une forme d’expérience
partagée par n’importe qui, autant dire une pensée
du destinataire anonyme, une sorte de pouvoir affirmé
de l’anonyme dans le monde de l’art, correspondant
en dernière instance au pouvoir de l’anonyme qui
est au fondement du politique. D’ailleurs, c’est
dans le même mouvement qu’apparaît, à
la fin du XVIIIe siècle, une articulation contradictoire
entre l’égalité comme fondement de la politique
et cette forme spécifique d’égalité,
de suspension de hiérarchies dans l’art, qui fait
appel à une communauté partagée par n’importe
qui.
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